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Hello, hello, b…

Hello, hello, bonjour, ça va? English jump below!

Voici mon petit royaume syldave, où vous trouverez aussi bien des posts repêchés de mon ancien blog:

Sylvie la dilettante enfin pas tout le temps quand même

que des textes plus actuels, pour commencer avec des exercices d’écritures:

aujourd’hui..

que des souvenirs de voyages..(click clique!)

bandeauafrique

Tadjikistan-bandeau

Bandeau-Russie

Armnie-bandeau

BandeauGorgie

voyagesvoyages

– et tout frais sorti du four, mon dernier voyage en Allemagne-Italie-Suisse – et même mon séjour en Sierra Leone, et puis aussi quelques polaroïds de Turquie, et voilà qu’on va faire un tour en Andalousie.. Ensuite un petit tour en France où je me reconnecte tellement avec mes racines que j’ai du mal à dire septante pendant tout un temps 🙂 Et puis c’est bientôt le grand départ en Ukraine, d’où je vous raconterai mon quotidien si j’ai le temps…en attendant je suis allée faire la tournée des potes de l‘Adriatique à la Baltique, c’était bien chouette! Bon ben finalement pas de bulletin quotidien ni même hebdomadaire d’Ukraine mais quelques croquis généraux et des petits textes que j’avais posté sur Faceboook…L’Afghanistan doit malheureusement rester en mode privé pour des raisons de sécu (enfin j’imagine qu’à un moment il y aura prescription, mais en attendant contactez moi si vous voulez en savoir plus), puis je suis reevenur à Bxl et restée sédentaire pour…trop longtemps 🙂 Mais me voilà en Guinée, et puis près ça des vacances dans la belle Ecosse et la sympathique Angleterre..  et puis nous voilà sur deux autres îles, Mada(gascar) et (l’île) Maurice)… et puis ce fut l’Afrique du sud et la Republique Centrafricaine en visite terrain, je garde beaucoup d’images de la seconde mais pas (encore) transcrites en récits, j’ai commencé mais pas fini avec la première.

Et puis…le Covid est arrivé (péripétie très banale en 2020). Mon voyage prévu en Roumanie en avril a donné lieu à un voyage intérieur dans mon appart très riche mais difficilement racontable, mes velléités d’aventures caribéennes à Trinidad et Tobago ont d’abord laissé la place à des aventures en Transsylvanie, puis un voyage France-Italie-Slovenie-Republique Tchèque-Pologne (j’avais même pensé saupoudrer un peu de Hongrie et Ukraine dans le potage) s’est réduit au fil des réglementations Covid à un voyage France-Italie et si tout va bien Suisse sur le retour…stay tuned!

…and more will come in English, bear with me :)- already a few posts salvaged from my travel blog..

Epilogue

Bon, le voyage de retour est, à partir de Bâle, sans grand intérêt. Auparavant j’avais encore pu me régaler de paysages de moyenne montagne, drapés de dramatiques nappes de brume. Après, c’est le sillon rhénan, avec le temps qui devient de plus en plus gris, je me prends même quelques gouttes de pluis en changeant à Francfort. Les trains allemands, sans grande surprise, sont en retard, mais ça ajuste pour effet que je ne dois jamais attendre trop longtemps dans les gares… et je finis par arriver à la maison, neuf heures plus tard, mettant fin ainsi à ce mois de voyage!

En Helvétie

Certes, je suis arrivée à 22h00, mais tout de même, pourquoi tout d’un coup j’ai les yeux qui peinent à rester ouverts et je ne rêve que de mon lit (gonflable, sur lequel les enfants ont fait du trampoline avant mon arrivée)? Probablement à cause des dernières nuits au sommeil troublé, à la chute brutale de température (de quasi 30 à 16 degrés en début de soirée…) et puis surtout je me retrouve brusquement en terrain très familier. C’est en effet bien la 4e si pas la 5e fois que je viens rendre visite à Lorena et sa famille, qui s’est peu à peu agrandie, et la deuxième fois dans cet appartement.

C’est pour ça que, à nouveau, pas vraiment de pression de visiter (je commence à connaître Bienne), surtout avec ce temps quasi-automnal, et nous vivons au moins autant au rythme des enfants qu’à celui de l’invitée de marque que je suis. Ce qui veut dire- le samedi, au retour de Lorena de l’école où elle enseigne l’allemand aux migrants, aller chercher en train dans un village voisin la fille d’une amie, qui a l’âge de fille et est aussi à moitié albanaise et moitié suisse; puis partir pour une petite promenade dans la montagne, mais pas trop longue (‘Maman, c’est quand qu’on arrive?’)- qui me permet quand même de me délecter des paysages du Jura, prés et forêts, chalets et petits immeubles, petits voiliers et bateaux pour passagers qui sillonnent paisiblement le lac de Bienne; calme et sérénité que j’associe à la Suisse! En ville c’est aussi très tranquille, mais on sent quand même assez de progressisme et de multiculturalisme (‘Pas de conservateurs au conseil municipal!’ proclame Lorena) pour que ce soit relax plutôt qu’ennuyeux. Mais cette fois-ci il fait trop froid pour aller boire un verre dans la vieille ville, pourtant pleine de charme, donc c’est au centre que nous allons le soir boire un verre de vin, en ayant laissé mari et enfants à la maison.

Le lendemain, nous filons encore à deux au café hipster et au cinéma- quand nous revenons la fille de Lorena a un peu de fièvre, on abandonne nos projets d’expédition en famille avant d’aller ramener la fille de leurs amis dans un autre village, ce sera à trois qu’on partira vers Avenges, l’antique capitale des Helvètes. On dépose la petite chez ses parents, et on fait consciencieusement le tour du village avant d’aller dîner- un petit amphithéâtre romain, un joli château médiéval avec l’école communale de l’autre côté de la cour, et des petites rues pittoresques, avec des maisons aux façades de couleurs diverses, des arcades typiques des villes germaniques (même si la ville est francophone), aussi deux tours d’entrée et passage couvert, et des jardins sous le maisons qui ont pris la place des remparts; le genre de village qu’on trouve absolument charmant mais où on ne pourrait pas imaginer vivre.

Et voilà, le lendemain matin je boucle rapidement mon sac, et après un plantureux petit-déjeuner il est temps de dire au revoir et à la prochaine fois à Lorena et sa fille, restée à la maison se reposer.

Transition automnale

Je sais quand je suis passée de l’été à l’automne: c’était dans un tunnel entre Florence et Milan- soleil radieux d’un côté, gris nuages de l’autre, et mes voisins dans le train qui enfilent vestes et pulls. Je résiste encore vaillamment pendant un train ou deux…

La malédiction ferroviaire frappe encore, ce sont cette fois-ci les chemins de fers italiens qui, pour la première fois, me déçoivent. Tout avait pourtant bien commencé, avec un départ à 7h45 de Naples, où il fait déjà bon, à être en T-Shirt; une évolution des paysages entre la Campanie, le Latium puis la Toscane, dont je profite plus qu’à l’aller. Et puis brusquement, le train s’arrête près de Florence, bon, rien de très dramatique- sauf qu’on nous annonce d’emblée qu’on ne partira pas avant 1H00, ‘à cause des problèmes techniques d’un train d’une autre compagnie’, est-il bien précisé. On repart ensuite, mais pour rester à l’arrêt deux heures en gare de Florence, puis rouler à 5km/heure pendant une demi-heure.

Mais cette fis-ci je suis plus philosophe, il faudrait vraiment qu’on soit coincés pendant des heures pour que je ne puisse lus arriver ce soir à Bienne, et je m’accorde une rallonge grecque en lisant les mémoires des Nikos Kazantzakis. On arrive enfin à Milan, je pars ensuite vers les lacs, et si les annonces dans ce nouveau train sont encore en italien le conducteur a un fort accent allemand. Ce train prend aussi du retard mais à Lugano le train suivant nous attend, donc j’en serai quitte pour un petit sprint entre les deux. Et je plaisante avec Lorena par messages que je suis bien dans le train, qui lui n’a que trois minutes de retard, mais que je ne crois plus à rien ni personne. Après avoir traversé la Suisse, ses lacs pittoresques et ses montagnes escarpées ( avec comme en Grèce des versants couverts de forêts avec ci et là des plages de roches nues; je me demande ce qui fait que je me sens dans une atmosphère si différente, plus humide et plus ‘gemütlich’, est-ce juste une projection? Je pense que les nuages moutonnants dans le ciel, les buissons verdoyants entre les arbres et les prés en herbe qui n’ont pas souffert de la sécheresse, et les chalets cossus m’évoquent tout de suite des sensations alpines plutôt que méditerranéennes), le conducteur fait cette fois-ci son annonce en allemand avec une pointe d’accent français- nous sommes dans le Jura suisse, et arrivons à Biel/Bienne; et comme d’habitude je trouve dans le hall de la gare Lorena pour m’accueillir!

A Naples

Je n’avais que quelques clichés et souvenirs littéraires à propos de cette ville et ce n’est pas mon séjour express à l’aller qui les avait fait changer. Alors que je marche pendant une bonne demi-heure pour aller rejoindre Guilaine et Emma, je me rends compte que j’avais vraiment sous-estimé cette ville… Tout d’abord, elle est grande! Troisième ville d’Italie, elle est même plus peuplée qu’Athènes. Elle me paraît aussi plus exubérante que cette dernière, tant dans son architecture que sa population. Après, j’y ai passé si peu de temps que je n’en ai gardé que des impressions parcellaires- nous avons en effet passé une grande partie de la journée suivante à Pompéi.
Je m’étais dit en effet qu’il aurait été dommage pour moi, historienne de formation si pas de profession, de ne pas aller visiter ce site si je suis de passage. Je n’ai pas été déçue- la taille du site et le fait que les vestiges soient un peu mieux préservés que ceux d’autres sites que j’ai pu visiter permettent beaucoup mieux de s’imaginer ce que pouvait être la vie dans cette ville, et les fresques et mosaïques de certaines villas, outre leur élégance et grâce, donnent une idée du luxe dans lequel certains habitants vivaient. Au retour, nous montons (en bus! A ce stade j’ai les pieds en compote) sur les hauteurs de Capodimonte, dans les jardins du parc, autour du musée (que nous ignorons, plus trop l’énergie pour m’attaquer à une autre collection artistique), pour une boisson fraîche bien méritée, une promenade entre pelouses et arbres, et un point de vue sur la baie de Naples et au loin Capri (très surcotée selon Guilaine). Le soir à nouveau rendez-vous avec les filles, pour un apéro dans un bar installé dans la cour d’un imposant bâtiment néo-classique assez somptueux. Je bois un cocktail gin/mûre à ma dernière soirée,  puis nous partageons une bouteille de prosecco avec une pointe de mirabelle, tout en bavardant à bâtons rompus. Agreable lieu, agréable compagnie, mais je commence à fatiguer et surtout je pense à mon sac à dos à faire et à mon train à 7h45 demain, et je les quitte. J’allais passer par la grande avenue habituelle, quand mon GPS me propose un parcours tortueux (qui me fait éviter l’esplanade de la gare). J’hésite d’abord (fatiguée, les réflexes émoussés par l’alcool, scotchée à mon GPS car ne connaissant pas le chemin, seule et en robe légère, est-ce une bonne idée de se lancer dans les petites rues mal éclairées?), puis je me dis ‘oh flûte, partons à l’aventure !’ (oui oui, ‘oh flûte’!). Et j’ajoute quelques touches à ma vision assez chaotique de Naples: encore plus de grands bâtiments néoclassiques et baroques aux façades colorées et proportions démesurées (ah, ces portes d’entrée de dix mètres de haut…), églises qui me paraissent aussi tellement énormes que ça m’oppresse un peu, petits rues effectivement pas très bien éclairées, entre grands immeubles en plus ou moins bon état, brusquement une rue pleine de cafés et restaurants avec adultes conversants et enfant piaillants; il est presque 23h00 et je profite de cette dernière soirée d’été (…j’ai regardé les températures en Suisse ce weekend…je me prépare !).
Et donc- je ne prétendrais vraiment pas avoir visité Naples, et encore moins connaitre cette ville, mais voilà, l’idée que j’en ai à présent est maintenant un peu plus proche de la réalité.  Y reviendrai-je? Qui sait….

Quitter la Grèce

De retour à Athènes, je n’avais pas voulu abuser de l’hospitalité d’Andreas donc j’avais contacté la fille qui devait m’héberger un peu plus tard dans la semaine et je me suis retrouvée chez Aurora, qui se décrit comme une réfugiée climatique, jeune étudiante finlandaise dans la branche grecque d’une université anglaise, qui habite dans un minuscule appartement et s’est donné pour mission de faire découvrir le « vrai » Athènes à tous ses visiteurs (d’ailleurs c’est la première fois qu’elle est à Athènes en été et elle déteste la touristification saisonnière de la ville). Confort minimal mais pour ceux sui en ont le temps, expérience assurée- dans mon cas, ce sera un peu limité, mais c’est toujours intéressant d’écouter ses histoires.
Et après un premier coup pour rien le matin (balade dans un quartier un peu trop résidentiel et le soleil tape encore un peu trop fort), je me délecte d’une promenade au crépuscule- la lumière est douce et orangée, l’air s’est rafraîchi, une tiède brise souffle, et à mon ravissement je finis par retrouver le quartier de Psyri, les petites rues étroites, les magasins désuets, les cafés, les anciens bâtiments au charme parfois délabré, et l’impression d’enfin me rebrancher à mes souvenirs. Mes pas m’emmènent ensuite de l’autre côté de l’avenue Athina, à mesure que le ciel s’obscurcit, échoppes d’Asie du sud et de l’est, prière que j’entends par la porte ouverte d’une petite mosquée, puis brusquement une rue pleine de restaurants pour touristes, que j’essaie de quitter aussi vite que possible (oui je suis snob et je l’assume). J’avais aussi longé les places Panepistimio et Omonia, et n’ai pas résisté à la tentation de rentrer dans cette librairie (le livre que m’a prêté Effie est génial mais il ne finira pas le voyage c’est sûr, je m’approvisionne
La balade se poursuit de part et d’autre de Monistiraki (une place au pied de l’Acropole), mais après de multiples tours et détours dans la tiède nuit tombante athénienne je finis par finalement me résigner à arriver à Syntagma et prendre le métro, pour arriver à temps pour encore voir mon hôte (elle est repartie à la plage – le luxe d’habiter à 4 stations de métro du littoral), courtoisie élémentaire, et puis de toutes manières il faut se rendre à l’évidence, il me faudrait encore marcher des heures avant de me sentir repue…Athènes j’espère que je reviendrai!
Le lendemain commence le long voyage vers Naples, ma prochaine étape. D’abord trouver la gare routière, au fin fond d’un faubourg de garages et d’ateliers de réparation. J’arrive juste à temps pour rater le bus de 10.00, mais le prochain est à 11.00- je ne suis pas pressée et ça me laisse le temps de reprendre mon souffle, de petit déjeuner, et lire, au son des vidéos et chansons qu’un vénérable pope a côté de moi écoute à fond sur son portable (et en plus il ne porte pas de masque, ah bah bravo!). Et à partir de là, cette étrange impression de voyager à rebours tant dans le temps que l’espace, comme une boucle temporelle qui se termine sur le pont du bateau, où,  à nouveau arrivée parmi les premières, je me retrouve sur le pont à contempler une nouvelle fois les camions qui manœuvrent pour se nicher les uns à côté des autres, en buvant un dernier fredo cappuccino. Oui, j’ai lu beaucoup de science-fiction ces derniers jours, pour méditer ainsi sur les paradoxes du temps et de la mémoire…


Et surtout, on ne quitte pas la Grèce tout de suite, comme le soleil est encore haut, je contemple le long traveling arrière: le port de Patras devient de plus en plus petit, l’imposant pont suspendu qui relie le Péloponnèse et la Grèce continentale prend les proportions d’un jouet d’enfant, derrière les hauteurs de Patras, on voit apparaître les montagnes crénelées, tandis que le mont qu’on voit toujours depuis Patras devient une montagne nue et minérale, aux teintes ocres, aux contours flous dus à l’humidité dans l’air, une montagne de.plus en plus abstraite, qui me fait penser à certains tableaux de Magritte. Devant la ligne de côte de Patras, de plus en plus floue, apparaît brusquement le contour plus précis d’une petite île, puis sur notre gauche une autre- nous commençons à traverser l’archipel ionien. Le soleil est de plus en plus bas à l’horizon, qui prend bientôt des couleurs pourpres et orangées, je me dis qu’il serait bon de trouver un coin pour dormir, mais toutes les banquettes du salon sont déjà occupées, alors je ressors sur le côté et assise sur une chaise je vois arriver Ithaque et Kephalonia – la masse sombre d’Ithaque à l’avant (le côté sur lequel je n’ai jamais été) et à l’arrière la silhouette plus haute et parsemée de grappes de points lumineux de Kephalonia.

Je souris, je feuillette mon cahier et quand je relève la tête c’est la nuit noire, où ne scintille pour le moment que l’étoile du Berger. Je pourrais repartir à l’intérieur mais je suis si bien- l’air tiède sur mes bras dénudés, le vent dans les cheveux, je sais que ce sont des sensations que je ne vais plus éprouver avant longtemps donc j’en profite au maximum. Puis je rentre, je finis par trouver un petit espace à l’arrière de la rangée du milieu des fauteuils inclinables, un peu dans le passage, mais bon (l’emplacement que je convoitais, à l’abri derrière la rangée gauche, avec accès à une prise électrique pour recharger le portable, est bien sur déjà occupé par quelqu’un qui dort déjà avec enthousiasme). S’ensuit une nuit pas très confortable sur mon fin tapis de yoga, puis l’arrivée à Bari, harnachée de mes sacs à dos, je traverse la pittoresque vieille ville et ses étroites venelles entre hauts bâtiments, puis la longue promenade piétonnière dans la partie plus classique. J’arrive à la gare avec l’idée de trou et une consigne et d’aller un peu explorer la ville- mais quand je vois un train pour Naples dans 20 minutes, je décide brusquement que j’ai finalement déjà eu un bon aperçu, et je monte dans le train régional pour Tarente. A Tarente c’est un bus de substitution que je dois prendre. Le chauffeur a l’air un peu sur les nerfs, gesticule relance des grandes tirades emphatiques, puis je comprends que c’est juste sa manière de communiquer quand il demande : ‘Tous pour Naples? Allez, levez la main ‘- les trois-quatre premières rangées lèvent la main, lui plus fort: ‘Tous pour Naples? Dites oui, je n’entends pas’ ‘Ouiiiii!’ répond en choeur les 2/3 du bus ‘Bien, bien!’.
On quitte Tarente,  dont les faubourgs pour le coup ressemblent à l’idée que je me faisais de Bari: l’avenue de la gare est bordée de palmiers et de bâtiments classiques, mais aux façades lépreuses, et les bâtiments que nous longeons en rejoignant l’autoroute dans derniers degrés de délabrement; on longe une immense cimenterie désaffectée, puis une raffinerie. Ensuite, on va traverser la péninsule, depuis la plante des pieds de la botte, quittant les Pouilles, pour traverser le Basilicate avant de rejoindre la Campanie. Une alternance de placides collines cultivées avec ci et là un village perché, et des montagnes plus impressionnantes couvertes de forêts et des nids d’aigles où j’imagine des brigands se cacher. Puis une pause à Potenza, ville de hauts immeubles qui se succèdent t sur le flanc en forte pente de la montagne. Un panneau annonce que nous arrivons à Salerne, ville portuaire à 50 km de Naples, alors que je ne vois à l’horizon que des silhouettes successives de montagnes – mais au creux d’un virage on aperçoit la ville qui s’étage vers la mer. Puis nous voilà à Naples- hôtel-wifi-douche et je finis par rejoindre Guilaine et son amie Emma près du quartier espagnol pour une bonne pizza, pour me restaurer après ce long voyage! 34 heures au compteur- mais comme j’ai aimé voir les paysages évoluer et les ‘parakalo!’ et autres ‘e! Daxi, daxi’ laisser la place aux inflexions italiennes. Je prends goût au voyage pour le voyage et me dis que je continuerais bien pendant quelques semaines…

Au pays des Centaures

Ma carrière de tailleuse d’oliviers s’étant abruptement achevée, mes compétences en ce domaine sont bien limitées et je me demande comment les branches des érables qui surplombent les places des villages peuvent être aussi longues, faisant bénéficier des dizaines de tables et de chaises de leur ombre bienfaisante, et le soir de la lumière des guirlandes d’ampoules qui courent entre leurs branches.
Après mon épisode urbain, me voilà en effet à la montagne, une autre, celle de la péninsule du Pélion, en Thessalie près de Volos- le pays des Centaures donc. Cette fois-ci par contre pas de travaux agricoles, même si j’avais mentionné en passant à Effie mon goût étrange pour le désherbage. Effie est une ancienne collègue de MSF- je lui avais succédé sur mon poste en Grèce, on s’était croisées ensuite et on avait un peu plus collaboré  ces derniers mois. Pendant une pause lors d’une formation en ligne qu’on animait, elle m’avait déjà mentionné la possibilité de profiter de sa maison familiale; j’avais finalement choisi l’option île/plage pour la partie ‘détente’ de mon séjour grec, mais lorsque la partie ‘travail’ s’est achevée plus tôt que prévu, j’ai sauté sur son invitation!
Et me voilà donc dans un bus presque vide qui monte dans les rues du village de Lekhomia, son terminus…sauf qu’à ma surprise il commence à redescendre et a repartir en direction de Volos…j’allais demander au chauffeur de me laisser là quand je reçois un message d’Effie:
Did you get off the bus?
We are following it 😆
Je demande immédiatement l’arrêt du bus, et la retrouve juste derrière, elle, un petit panneau ‘Welcome to Pellion (not really) mission’, et son mari Antonis.
On monte vers Agios Vlasios (Saint Blaise), le village où elle a grandi, et on arrive dans la maison familiale (ils ont quitté la Grèce il y a quinze ans donc c’est leur point de chute ici). Une maison très à mon goût : pas luxueuse mais agréable et spacieuse et…remplie de livre. Et une terrasse d’où nous pouvons le matin boire notre café en bavardant tout en admirant le paysage des flancs de montagne qui encadrent la baie de Volos et au loin une île ou deux. Ou bien s’enfoncer dans un un des fauteuils pour continuer à lire le livre labyrinthique que j’ai acheté à Athènes (The Wandering, de Intan Paramaditha), ou bien tout simplement goûter le silence, à peine troublé par le murmure de l’eau du ruisseau. L’endroit parfait pour passer mes derniers jours de paresse avant d’entamer le long voyage vers Bruxelles…
L’air est plus frais qu’à Athènes, il ne fait ‘que’ 29 degrés, et un soir nous devrons même nous acheter un châle pour ne pas avoir froid (nous rappelant nos souvenirs respectifs de shopping hidjab en Afghanistan- elle et son mari ont aussi travaillé là-bas et sont tout autant bouleversés que moi par les derniers événements). Mais le soleil reste impitoyable à son mitan donc je garde le rythme grasse matinée, et rester à la maison jusque 16-17h. Le premier soir nous montons à pied vers la place du village pour diner avec son mari et ses deux amis de Thessalonique- en s’arrêtant ici et là pour dire bonjour aux voisins, qui prennent le frais sur leur terrasse,  et qu’elle connaît presque tous. Je suis de mon côté charmée par les petits chemins et rues que nous grandissons, les maisons qui se succèdent sur les pentes, avec une architecture différente que dans le Péloponnèse (traditionnellement, un rez-de-chaussée en pierre et un premier étage en torchis en surplomb, et un toit en ardoise); Effie m’explique qu’un certain nombre de maisons sont à demi-ruinées car les propriétaires n’ont pas les moyens de les restaurer en respectant leur style architectural, comme les y obligent les règles d’urbanisme, et les pouvoirs publics ne leur apportent aucun soutien- je suppose que c’est pour la même raison qu’on voit autant de maisons historiques en ruine à Patras et Athènes; une bonne intention patrimoniale qui faute de moyens tourne court. On arrive sur la place, sous les vastes branches d’un grand arbre, ses tables de restaurant, son ancien café fermé mais dont la devanture pittoresque a été conservée, et son épicerie à l’ancienne où on doit trouver tout et n’importe quoi. Là, je me confirme au dicton ‘Au restaurant, laisse les Grecs commander’, et après délibérations la table est couverte d’une multitude de plats où nous piochons (et nous arrivons à tous les finir!).
Le lendemain, nous partons vers un autre village, que nous atteignons après avoir traversé plusieurs autres jolis petits villages. Les garçons nous déposent et partent à la plage; nous commençons par nous installer à un café pour continuer nos discussions à bâtons rompus, puis visitons une église médiévale richement ornée de fresques et de bas-reliefs. Je trouve que les icônes ont des traits beaucoup plus humains que les russes, je souris devant les diables qui dansent avec grand enthousiasme autour des damnés, ou l’éléphant qui ressemble à un chien avec des grandes oreilles et des défenses- on voit que celui qui l’a sculpté n’avait pas une idée très claire d’à quoi ressemblait l’animal !
On part ensuite vers un restaurant un peu isolé, au détour d’un des virages de la route à flanc de montagne (qui continue donc à surplomber la mer). Là,  les tables sont occupées par des grands groupes de familles ou d’amis, qui semblent se connaître les uns les autres (j’ai l’impression qu’à chaque fois qu’un groupe arrivent la moitié des gens des autres tables se lèvent pour les embrasser) – et puis tout le monde regard une femme blonde d’un certain âge qui arrive avec ses amis, apparemment une actrice grecque très connue, sauf par moi bien sûr (ce qui rappelle à Effie la fois où elle a bavardé pendant une heure avec Djamel Debouze à l’aéroport Charles de Gaulle sans avoir aucune idée de qui il s’agissait). Il semblait en effet que cette partie de la péninsule soit une terre d’élection des célébrités grecques pour leurs vacances.
Le lendemain enfin, on avait vaguement l’intention d’aller à pied à Agios Lavridos, où se tient le ‘Music Village’, un festival où une amie d’Athènes fait d’ailleurs un stage. Le soleil tape encore un peu trop fort, c’est finalement en voiture qu’on ira, montant et descendant les tours et détours de la route. Pour arriver dans un autre village un peu différent – moins de boutiques de souvenirs, un public plus varié dont visiblement beaucoup de participants au festival, grimpant la grand-rue instrument au dos, ou assis avec un ordinateur portable à une table de café sous les donc interminables branches de l’érable. Effie se demande cependant à quel point les habitants du village sont associés à l’événement- ce genre de festival est en effet souvent organisé par des citadins en quête de cadre pittoresque. Nous continuons longuement à bavarder, à trois cette fois-ci, autour du désormais traditionnel fredo capucino,  et un souvenir d’enfance pour Effie et Antonis, la cuiller à soupe de pâte au mastikha plongée dans un verre d’eau, sauf que dans leur souvenir c’était une cuiller à café, et je frôle l’overdose glucidique après l’avoir terminée. Mon autre amie est malheureusement en train de participer à un atelier, nous ne nous éternisons pas et repartons en regardant bien où nous mettons les pieds, à l’aller nous avions une vipère filer à vivre allure sur le côté de la rue.
Mais voilà, dimanche arrive- dès 7h du matin les cloches de l’église résonnent,  puis le sermon du pope est retransmis par des hauts parleurs- cette religiosité envahissante, apparemment nouvelle, a le don d’exaspérer Effie (elle me raconte comment au moment des commémorations de l’indépendance il y a quelques années des nationalistes n’ont rien trouvé de mieux que de dynamiter les vestiges d’un minaret dans un village voisin), moi ça me rappelle à nouveau l’appel à la prière et les sermons en pashto du vendredi en Afghanistan. Il est temps pour moi de refaire mon sac et reprendre la route! Cette fois-ci ils peuvent me déposer à Volos, à la station de train (je vais en effet tester les options ferroviaires pour le retour), et après avoir évoqué leurs souvenirs de voyages en chemin de fer à l’époque où les trains étaient bondés et prenaient des heures pour faire Athènes- Thessalonique où ils étudiaient à l’époque…il est temps de se dire au revoir (soupir…). Un voyage sans trop d’aventures, avec un changement à Larisa où pas un seul panneau n’indique ni n’annonce où se trouve le train pour Athènes (bon il suffit de demander à quelqu’un bien sûr), voyage qui me fait parcourir les paysages de Thessalie et d’Attique, et me voilà de retour à Athènes, avec une demi-heure de retard- mais ça tombe bien, mon hôte ce soir s’est elle de son côté un peu trop attardée à la plage, donc on arrive au même moment, bon alignement des astres!

A Athènes

Ayant extensivement arpenté Athènes à pied il y a cinq ans, je pensais que même si les détails seraient flous, la structure serait solide. Hélas…même les grands axes de ma carte mentale étaient distordus et je n’arrivais plus à m’orienter, ni à replacer les souvenirs de l’époque. C’était assez perturbant je dois dire, même si pas vraiment handicapant: j’ai usé et abusé du GPS les quelques moments où j’étais seule, et sinon je me laissais guider par mes amis, et absorbée par les bonnes conversations faisais peu d’efforts pour créer des nouveaux repères.


Après le changement de plan inattendu, j’avais en effet contacté Andreas, que j’avais rencontré il y a cinq ans dans le cadre de ses ateliers informels de poterie (j’ai encore mes petits bols, qui ne ressemblent à rien mais pour lesquels j’ai beaucoup d’affection). Il a gentiment accepté de m’héberger pour quelques jours, et me voilà dans son agréable appartement, installée simplement (il n’est pas sûr de rester longtemps), dans un ancien immeuble, où des escaliers extérieurs partent d’un patio central pour arriver aux quelques appartements. Et le tout dans le quartier d’Exarcheia, le repère des gauchistes et anarchistes en tous genres. Tous les bâtiments sont couverts de graffitis et d’affiches politiques, au moins à hauteur d’homme; mais ce qui pourrait donner un aspect glauque ou délabré ailleurs fonctionne bien ici, pour moi du moins. Nous partons assez vite chercher de quoi nous sustenter parmi ses rues étroites, parfois en pente raide, ou en escalier, parfois piétonnes, souvent bordées d’arbres, et toutes très calmes – c’est l’exode post 15 août et nombre de commerces et cafés sont fermés. Il faudra partir au centre ville, plus animé (car plus touristique), et profiter de l’air plus supportable de début de soirée, pour trouver notre bonheur.


Il fait chaud en effet à Athènes, très chaud, plus chaud que dans les montagnes, exceptionnellement chaud me dit-on (et encore, j’ai échappé à la vague de chaleur de plus de 40 degrés d’il y a deux semaines)- c’est ce qui explique aussi le calme de la ville. Le Jardin national, vaste parc du centre ville, est fermé au public pour cause de risque d’incendie, et je cherche toujours l’ombre, tout en me tartinant consciencieusement de crème solaire. Le premier jour nous ne sommes sortis que vers 17.00, avant ça j’avais passé une grande partie de la journée à envoyer des messages à droite à gauche pour réorganiser mon voyage- et à bavarder avec lui. Le deuxième jour, partie seule, j’ai eu la riche idée d’aller visiter le Musée d’Art Contemporain pendant les heures les plus chaudes (peu de choses m’y ont touchée, à part Mahdokht, une installation onirique de Shirin Neshat, et une autre plus narrative sur un porte-container dont je n’ai malheureusement pas noté le nom, mais au moins il y faisait frais). Le troisième jour par contre, ayant rendez-vous avec Haluk sur le littoral, où il habite, je suis assommée par le soleil impitoyable et ne commence à respirer que quand nous nous installons dans l’ombre fraîche et bienfaisante d’une terrasse, et pouvons boire le verre d’eau qui est offert d’emblée dans presque tous les restaurants (une marque d’hospitalité que j’apprécie beaucoup).
Les promenades au crépuscule sont beaucoup plus agréables- nos pas nous mènent vers le centre-ville, un soir nous allons faire des étirements dans jardins sous l’Acropole, rejoints par une autre amie; je peux me baigner dans l’atmosphère plus diverse et énergique de cette ville, et de ses faubourgs- Egaleo pour un dîner avec un autre ami, et Falliro au bord de mer pour un programme déjeuner-plage-diner avec Haluk et Ayle, un couple d’amis turcs installés en Grèce depuis quelques années.


J’ai beaucoup goûté toutes ces conversations avec des gens très différents, qui ont entre autres approfondi mon image de la Grèce, et le reste du temps- j’étais contente de prendre mon temps justement, de me fixer des objectifs très légers, plus prétextes à me balader qu’autre chose- l’avantage d’avoir exploré méthodiquement la ville il y a quelques années et visité tous les musées d’intérêt.


Mais décidément il fait chaud, et légèrement humide. Le dernier soir, je suis donc dans ce restaurant de bord de mer avec Haluk et Ayla, très agréable- tout en bavardant, je regarde l’horizon marin, le soleil couchant puis la nuit éclairée par la demi-lune orangé, le ferry qui avance lentement sur la ligne d’horizon (et me rappelle mes voyages à partir de Kos), les projecteurs d’une autre plage qui balaient la mer (…et les poissons qui veulent dormir??), et…la colonne de fumée au loin,  probablement un incendie.

L’air est agréablement tiède, mais dès que je suis dans la station de métro, pourtant à l’air libre, il commence à faire étouffant, et j’ai beau être fatiguée, il faudra attendre une heure du matin avant que le sommeil l’emporte sur la chaleur. Hum, il est temps de quitter la ville- j’ai sauté sur la suggestion d’Effie, une ancienne collègue de MSF, de la rejoindre dans sa maison familiale près de Volos, au pays des Centaures, dans la péninsule de Pellion. Il va être donc temps de partir vers la gare de bus, après un cours de flûte à bec improvisé où j’apprends à l’improviste les bases à Andreas.


Harnachée de mon sac à dos, je marche vers la gare, avec un vague sentiment d’avoir quitté le connu et rassurant vers quelque chose de moins certain (alors que je vais rendre visite à quelqu’un que j’aime bien), un monsieur d’un certain âge qui promène son chien me hèle- ‘Kalimera!’ ‘Kalimera!’ ‘[Du grec]’ ‘I’m sorry, I don’t speak any Greek!’. Il passe à l’anglais, me réoriente vers la gare de bus (je pensais qu’il fallait tourner un peu plus loin), et me raconte ensuite comment dans sa jeunesse il travaillait six mois par an sur un bateau pour ensuite partir voyager en sac à dos les autres six mois. Le petit échange me rassérène- on peut toujours compter sur l’hospitalité grecque!

Sur le chemin d’Athènes

La route entre Xylokastro et Athènes longe le golfe de Corinthe, franchit l’isthme du même nom, passe en Attique et longe la Mer Égée. Kymon m’avait dit que où qu’on creuse dans le Péloponnèse, on trouve des vestiges. Ici c’est la toponymie qui me rappelle ma passion enfantine pour la Grèce Antique et ma connaissance encyclopédique de la mythologie grecque. Las! Avec le temps elles sont devenus très brumeuses et puis le paysage a bien changé depuis les temps de la Ligue Achéenne- à Epidaure il y a bien toujours un festival de théâtre, mais Megara semble plus connue pour ses élevages de poulet que pour son rôle dans la géopolitique antique, et à Eleusis je vois surtout des installations pétrochimiques. Au pied de l’Acropole de Corinthe j’aperçois un incendie- ça a l’air sous contrôle mais nous entendrons plus tard que les villages autour ont été évacués. Le Canal de Corinthe est aussi étroit et profond que dans mon souvenir de voyage scolaire de 3ème, déjà plus très adapté aux gabarits actuels des bateaux et puis fermé à la navigation, car ses parois s’effritent- ce qui explique qu’il y a si peu de bateaux dans le Golfe de Corinthe, redevenu une impasse. De l’autre côté en revanche, la mer d’un bleu marine technicolor (on dirait presque une mauvaise carte postale), est festonnée de ‘moutons’, écume des vagues, et couverte de gros bateaux à l’arrêt, ici et là, par groupes de trois. Je vais pêcher dans ma mémoire des informations concernant l’ile de Salamine, en face (‘euh…bataille navale? Avec, euh, attends…les Persans ?’ ‘Oui! Et là d’ailleurs est le sommet d’où Xerxės supervisait la bataille’). On passe devant les décharges géantes où les déchets sont enfouis, année après année…je dois dire que bonne petite Européenne du nord, vertueuse du recyclage et préoccupée d’environnement j’ai beaucoup grincé des dents en Grèce, mais après tout il y a vingt ans on n’était pas beaucoup mieux.


Et puis très rapidement on est en ville (pas vraiment de banlieue résidentielle autour d’Athènes), dans les faubourgs plutôt, chez Kymon qui m’héberge pour la nuit- et on retrouve le confort moderne- électricité, wifi, douche 😊


Le lendemain nous passons une dernière journée ensemble- et pour cela ressortons d’Athènes. Nous commençons par gravir le mont Penteli, d’où nous attend une superbe vue d’un côté sur l’agglomération d’Athènes, de l’autre sur la baie de Marathon, aux eaux encore ridiculement bleues à nouveau,

et de l’autre côté le sud de l’île d’Eubée (pas la partie qui a été le plus ravagée par les flammes). Nous descendons peu à peu vers Marathon, aujourd’hui agréable petite station balnéaire, puis nous partons vers des plages plus isolées-

en contournant les barrages de police, qui empêchent l’accès à certaines zones boisées en raison des risques d’incendie (en effet ça souffle pas mal aujourd’hui). Et puis tout se finit par un plantureux repas de poissons frits et risotto noir à l’encre de seiches dans un restaurant au bord de l’eau.


Puis on rentre…et voilà,  cette expérience agricole qui a tourné court prend vraiment fin quand Kymion me dépose à la station de métro- il est temps de rentrer dans Athènes 😊

Là-haut à Trikala (non, pas celui-là, un autre)

(Ma petite ferme était dans la petite commune de ce nom, mais apparemment il existe une ville du même nom beaucoup plus connue, donc beaucoup de confusion quand j’essayais d’expliquer où j’étais)

Après ces quelques jours au bord de la mer, le cœur de mon séjour grec devait se passer à la montagne, en communion avec la nature, dans une petite ferme isolée, sans électricité ni eau courante, à donner quelques heures par jour un coup de main au fermier (un Athénien qui y vient de manière intermittente) et puis le reste du temps…ma foi, pas grand-chose de prévu, se promener, lire, écrire, faire la sieste, jouer de la flûte,  regarder les étoiles, me remettre au yoga, tout ça tout ça…Bref, prendre le temps, les mains dans la terre et la tête dans l’air plus frais de la montagne.


J’arrive donc après une bonne demi-heure de route depuis la côte, où j’avais retrouvé Kymon, le fermier, route qui passe à travers les vallées nichées entre les contreforts parfois rocheux, parfois boisés,  parfois cultivés, le long d’une route qui virage après virage arrive aux 700 mètres d’altitude de la ferme.

Celle-ci se composé d’une cabane en bois, avec à l’avant quelques banquettes bricolées avec des palettes, une petite cuisine d’été sur le côté, en contrebas un petit réservoir d’eau avec robinet, et une terrasse plus bas, je trouve ce qui sera ma tente, avec un hamac à côté. Autour, un champ d’herbes médicinales- malheureusement complètement asséché après que l’unique source de la propriété se soit tarie; des oliviers dépenaillés, de figuiers (aux fruits malheureusement encore verts), un petit vignoble, et deux ruches.


Et pendant quelques jours, je passerai mes matinées à dégager les oliviers de leurs rejetons et mini chênes, et tailler les nouvelles branches superflues. Après plusieurs heures de travail, il est temps de déjeuner,  puis l’après-midi un peu trop chaude pour travailler, de s’installer sur les banquettes pour lire, succomber à la torpeur pour une courte sieste, griffonner, rêver,  à l’ombre des chênes, avec les cigales en arrière-plan, et à 18.00 entendre les cloches puis le sermon amplifié du pope depuis le village d’en face. Tout prend plus de temps,  et c’est très bien comme ça.


La soirée pourrait être courte ensuite, puisqu’il fait déjà nuit à 21.00, mais nous n’avons à vrai dire passé qu’une soirée à la ferme. Parce qu’avec une infrastructure aussi rudimentaire, on doit finalement beaucoup bouger! Pour l’esssentiel: l’eau pour commencer, la nourriture, les vaisselles que nous avons fait la première fois dans la petite rivière avec cailloux et graviers (ça a marché surprenamment bien!), l’autre avec détergent dans la petite fontaine à la sortie du village. J’ai réussi à me lave avec la douche de fortune qu’on a installée mais Kymon a préféré partir sa savonnette dans la rivière. Et puis le moins essentiel, mais essentiel quand même – pour les liens sociaux. Kymon a adopté un look simili hippie, et me dit avoir parfois rencontré de la surprise, à son arrivée au village, mais j’aurai surtout vu de la cordialité dans les multiples échanges avec les uns et les autres  le long de la route. Le quincailler de Xylokastro qui insistait pour l’aider à trouver une solution pour la douche l’a un peu agacé, moi j’avais apprécié les biscuits que sa femme nous avait amenés et j’étais terriblement curieuse de savoir tout ce qu’il lui racontait (mais personne ne semble parler anglais dans le coin, et bien sûr Kymon ne me traduit qu’une partie des échanges, surtout quand ils me concernent: ‘elle aime bien la montagne? Elle vient de Hollande?’ ‘Ah presque, de Belgique, mais comment tu savais? »ah parce qu’elles est grande.’). Sinon  nous avons salué une ribambelle d’habitants du village, et quand nous avons commencé à avoir des problèmes avec la voiture, trois messieurs d’un certain âge ont pris en main la réhydratation du radiateur; le chef des opérations par ailleurs rasé de près et impeccable dans sa chemise bleue, car sur le chemin de l’église. Il a l’air si énergique qu’on a du mal à croire qu’il a effectivement plus de 80 ans… Le lendemain, Kymon entame aussi la conversation avec un vieux berger au regard lumineux, le complimentant sur sa moustache blanche bien fournie.


Nous allons aussi prendre l’apéritif le soir chez Kostas et Christina, à Trikala-la-haute, enfin Ano Trikala, la partie haute du village, déjà à plus de 1000 mètres d’altitude. Ils tiennent un des multiples cafés-restaurants-hôtels  de ce village, qui a bénéficié il y a 20 ans des fonds de développement européens pour développer un tourisme tant estival qu’hivernal (on peut skier sur la montagne d’à-côté). Ils ont poussé comme des  champignons, avec une jolie architecture montagnarde de pierre et de bois, entre les sapins- en bien meilleur état que les autres villages par lesquels nous sommes passés. Le couple tient ce café-restaurant et a aussi quelques cultures plus bas, autant dire que l’été ça ne chôme pas. Christina bavarde avec Kymon, avec ces magnifiques intonations grecques qui donnent des accents dramatiques aux échanges les plus anodins. Kostas la deuxième fois nous apporte avec nos verres quelques mets en surplus de la fête d’anniversaire qui se prépare sur la terrasse, du coup Minnie la chatte s’intéresse à nous, vient se lover sur mon sac en toile avant de se régaler d’un petit morceau de fleur de courgette farcie à la feta que je lui abandonne. La fête commence un peu plus tard, après les bougies vient le karaoké, et un homme d’un certain âge chante une chanson sur son besoin d’avoir plusieurs nids, ce qui fait pouffer de rire sa femme, la reine de la fête, et les autres invités.


Le lendemain,  nous partons en fin d’après-midi à la recherche d’un…stupa bouddhiste tibétain, à quelques kilomètres de là à vol d’oiseau. En voiture, ce sont des lacets montants et descendants, on longe les oliveraies et les vignobles, on descend traverser une petite cascade sous les frondaisons, on passe par des petits villages avec des maisons en plus ou moins bon état, entourées de vergers, puis après un bon kilomètre de chemin de terre on passe une entrée puis une allée qui longe une série de petits stupa, et on arrive sur une vaste étendue couverte d’herbe sèche, avec quelques bâtiments et un grand stupa. La pèlerine autrichienne qui nous a accueillis à l’entrée est là pour trois semaines et ne se lasse pas une seule minute du paysage, et on la comprend: d’un côté une immense falaise à pic, sur laquelle courent des lignes parallèles d’arbres qui défient la gravité,  et bordée en haut par des silhouettes d’arbres, qui se détachent sur la lumière rosée du crépuscule. Et de l’autre côté, entre deux sommets, on distingue au loin les eaux bleues du Golfe de Corinthe.


Sur le chemin du retour, on s’arrête à un autre village pour tout d’abord remplir nos bouteilles d’eau puis s’asseoir à la terrasse du café du village- gentiment désuet, avec les petites tables en bois quadrangulaires, couvertes de nappes. Et sort le propriétaire du café- qui porte un treillis militaire, un T-shirt ‘Stranger Things’ et une belle crête punk grisonnante; je suis favorablement impressionnée que même dans un petit village on puisse sortir de la norme (quand je raconte ça à Andreas à Athènes, il me dit que les villages grecs avaient souvent leurs personnages excentriques donc ce n’est peut-être pas si inhabituel que ça ici). Lui et sa compagne exploitent ce café municipal, et font pleins d’autres petits boulots pour vivre…pas si facile et assez épuisant. Là encore nous nous régalons des différents plats confectionnés par sa compagne, assiégés cette fois-ci par toute une famille de chats; il y avait tout d’abord une chatte maigre aux yeux bridés,  qui me regarde d’un air sévère, puis une autre avec ses deux chatons et bientôt le père.  Comme je ne suis pas encore assez blasée, je leur donne un peu de tzatziki, mais les délicieuses boulettes de viande je les garde pour moi! Le café se remplit de villageois d’un certain âge, un vieux monsieur dit à une dame – « Oh toi je te connais depuis qu’on est gamins, et je me rappelle…’- apparemment des choses qui doivent rester entre eux 😊


Nous rentrons de nos aventures dans la nuit noire, sous le ciel étoilé, en contemplant la forme de cheval préhistorique que forment les lumières du village d’en face. Je descends vers ma tente, et je m’endors avec la silhouette des chênes au-dessus de la tête, les bruissements dans les feuilles séchées au sol, le vent dans les arbres, et à 23.00 tous les soirs le concert des chacals qui hurlent à travers la vallée.


…Ce conte champêtre aurait pu continuer comme ça pendant deux semaines, je ne pas à quel point je me serais ennuyée ou ressourcée, mais le destin capricieux en a décidé autrement. Le van aux 300.000 km dont la robustesse sur les chemins rocailleux m’impressionnait commence à donner des signes de fatigue, à émettre des chuintements étranges,  et à avoir de plus en plus soif. Le samedi, j’ai fini de nettoyer le dernier olivier et commencé avec une certaine perplexité à essayer de tailler ses branches, Kymon me demande si je veux aller avec lui en ville faire le plein, acheter à manger, et, au passage, demander à un garagiste de jeter un œil sur la voiture. Le verdict tombe très rapidement- dans l’idéal, il faudrait remorquer la voiture jusqu’à Athenes, et la faire réparer là-bas. Autour d’un fredo espresso  dans un bar au bord de la mer, on passe en revue nos options. On prend le risque de remonter à la ferme, tout empaqueter et plier, remplir le van, dire au revoir aux oliviers et…c’est parti pour Athènes!

Patras

Patras, patatras, des sonorités sèches et métalliques, et pas la moindre information à y rattacher. Et du pont du ferry je n’ai vu que des immeubles banals et sans caractère. Bref, autant dire que mon niveau d’attente envers cette ville était proche de zéro…Et dès que je commence à monter la rue depuis le port où m’a laissée le ferry je suis agréablement surprise!


En ce dimanche après-midi écrasé de soleil, ses rues sont quasi désertes, encore plus quand je m’écarte du centre-ville à la recherche d’une laverie automatique. La Belle au bois dormant, la Belle fait une sieste, ou probablement la Belle est partie à la plage- car dès le soir les rues recommencent à bourdonner et les terrasses à se remplir.


…Alors je n’irais pas présenter Patras comme nouvelle destination de city trip (et puis les city trip c’est mal), mais comme halte je recommande! Une ville pas tellement à visiter mais plutôt à vivre, se promener dans ses rues parfois piétonnes, apprécier le mélange hétéroclite de bâtiments récents certes banals mais qui ont l’air agréables avec leurs grands balcons; des maisons classiques bien rénovées, d’autres dans différents degrés de décrépitude, de même que quelques jolis bâtiments art déco qui auraient bien besoin d’un ravalement; et particulièrement dans le haut de la ville, des jolies maisons aux lignes droites et toit plat avec petit jardin, ou terrasse et pergola. Et des belles arcades, avec parfois le plafond peint, où marcher quand le soleil tape trop fort, pas de parcs mais des petits squares avec parfois des terrasses entre arbres et buissons, d’autres arbres le long des rues, certains balcons débordant de feuilles et de fleurs aux couleurs vives, et puis des cafés et restaurants à tous les coins de rue, où on donne d’office une grande carafe d’eau et les serveur.ses sympathiques.
A visiter je ne vois vraiment que le musée archéologique (pas mal), la citadelle (fermée quand je veux y aller), quelques églises et des vestiges romains ici et là couverts de mauvaise herbes. Je suis surprise que dans la troisième ville de Grèce il n’y ait pas plus de vie culturelle mais je n’ai pas fait beaucoup d’efforts pour la trouver. Il y a bien quelques panneaux en anglais ici et là avec des QR codes mais sinon les visiteurs semblent plutôt grecs- ou comme moi, en chemin vers une autre destination.


Alors je profite de ces 48 heures pour faire les choses tranquillement, boire des verres en terrasse, rentrer faire une sieste quand il fait vraiment trop chaud (même si je suis arrivée après la grosse semaine à plus de 40 degrés les températures sont quand même plus élevées que d’habitude)… cette délicieuse paresse contraste avec les marathons culturels dans les villes italiennes que j’ai visitées l’an dernier, et me fait du bien!


Mais voilà, il est l’heure d’aller à la station de bus pour la prochaine destination- Xylokastro !