Hello, hello, b…

Hello, hello, bonjour, ça va? English jump below!

Voici mon petit royaume syldave, où vous trouverez aussi bien des posts repêchés de mon ancien blog:

Sylvie la dilettante enfin pas tout le temps quand même

que des textes plus actuels, pour commencer avec des exercices d’écritures:

aujourd’hui..

que des souvenirs de voyages..(click clique!)

bandeauafrique

Tadjikistan-bandeau

Bandeau-Russie

Armnie-bandeau

BandeauGorgie

voyagesvoyages

– et tout frais sorti du four, mon dernier voyage en Allemagne-Italie-Suisse – et même mon séjour en Sierra Leone, et puis aussi quelques polaroïds de Turquie, et voilà qu’on va faire un tour en Andalousie.. Ensuite un petit tour en France où je me reconnecte tellement avec mes racines que j’ai du mal à dire septante pendant tout un temps 🙂 Et puis c’est bientôt le grand départ en Ukraine, d’où je vous raconterai mon quotidien si j’ai le temps…en attendant je suis allée faire la tournée des potes de l‘Adriatique à la Baltique, c’était bien chouette! Bon ben finalement pas de bulletin quotidien ni même hebdomadaire d’Ukraine mais quelques croquis généraux et des petits textes que j’avais posté sur Faceboook…

…and more will come in English, bear with me :)- already a few posts salvaged from my travel blog..

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2/366 -aujourd’hui contenu et contenant

Et bien.

J’avoue.

Je sèche!

J’aurais du la poser au fond de mon cerveau cette expression, pour qu’elle filtre inconsciemment cette journée, un filet où au moins une petite sardine se serait laissée prendre. Et non! Bon, j’ai une piste vers des histoires de formation où la lettre du plan de formation ne doit pas laisser oublier l’esprit de la démarche qu’on veut faire parcourir aux apprenants, mais là, non, ça va, merci, pas à cette heure 🙂

1/366- aujourd’hui reflet

Depuis mon retour d’Afghanistan j’ai perdu les occasions d’écrire; mes divers voyages ont été trop courts et professionnels ou studieux pour me laisser le temps de broder, et le reste de ma vie n’était pas très inspirant, littérairement parlant j’entends.

Alors pour me redonner un élan, je vais à nouveau capter quelques reflets épars de ma vie grâce à cet exercice. Des reflets mouvants et fragmentaires, et parfois vite obscurs (ceux d’il y a cinq ans me laissent parfois dans une perplexité amusée), mais qui au moins vont me permettre de me refaire la main (ou le clavier). Allez, c’est parti!

bloc-note

‘Nabokov calls every great novel a fairy tale, I said. Well, I would agree. First, let me remind you that fairy tales abound with frightening witches who eat chidren and wicked stepmothers who poison their beautiful stepdaughters and weak fathers who leave their children behind in forests. But the magic comes from the power of good, that force which tells us we need not give in to the limitations and restrictions imposed on us by McFate, as Nabokov called it.

Every fairy tale offers the potential to surpass present limits, so in a sense the fairy tale offers you freedoms that reality denies. in all great works of fiction, regardless of the grim reality they present, there is an affirmation of life against the transience of that life, an essential defiance. This affirmation lies in the way the author takes control of reality by retelling it in his own way, thus creating a new world. Every great work of art, I would declare pompously, is a celebration, an act of insubordination against the betrayals, horrors and infedilities of life. The perfection and beauty of form rebels against the ugliness and shabiness of the subject matter. Thuis is why we love ´Madame Bovary´ and cry for Emma, why we greedily read ‘Lolita´ as our heart breaks for its small, vulgar, poetic and defiant orphaned heroine.´

Azar Nafisi, ´Reading Lolita in Tehran´

Home sweet home

Et dans cette ville, il y a une résidence, ou plutôt un dédale de grandes barres en béton qui semblent tout juste décoffrées et déjà délabrées, une vision probablement un peu déprimante pendant les gris mois d’hiver mais assez masquée par la végétation en ces verdoyants mois d’été pour ne pas trop y prêter attention. Et il y a tellement de vie au pied de ces bâtiments qu’on les ignore vite, en ces journées et soirées estivales. Les pelouses, les plaines de jeux et les bancs entre les bâtiments attirent en effet les habitants dehors, et chaque soir quand je rentre à la maison je croise bandes d’enfants petits et grands qui courent ou jouent sur les balançoires vintage soviétiques (mention spéciale au toboggan en forme de fusée), mamans qui poussent leurs landaus, adolescents qui déambulent en s’interpellant, adultes et babushkas assis à deviser sur les bancs (ou battant avec enthousiasme leurs tapis étendus sur la barre).
Nous avons été vite repérés comme les ‘inostrankas’, les étrangères, une attraction comme une autre pour les enfants qui viennent nous parler et nous poser toutes sortes de question (l’une des gamines nous demande à chaque fois pourquoi nous ne sommes pas au travail, y compris le samedi soir). Catherine a de son côté noué une amitié avec l’une des grands-mères, et elles se retrouvent chaque soir sur l’un des bancs, rejointes parfois par petits et grands. La recherche d’une source d’eau, le soir où l’eau est coupée pendant quelques heures, est l’occasion pour moi de discuter avec une femme d’un certain âge, qui interpelle les enfants qui courrent à la recherche de leurs ‘secrets’, les connaissant tous depuis leur plus jeune âge. Nous nous sommes aventurées aussi un soir jusqu’aux maisons aux pigeons, construites au fond d’un pré entre deux bâtiments. Tous les pigeons sont de sortie, picorant le grain tandis que nous discutons avec leur maître et sa femme. L avie est dure, cette guerre est absurde et ne profite qu’aux puissants, et le referendum qui avait eu lieu quand Artemovsk était occupée par les rebelles, et bien…on n’en dira pas trop. Et puis il y a aussi notre voisin et son potager, qui apparemment aime bien m’entendre jouer de la flûte traversière (…pourtant…), et nous offre parfois les légumes de son luxuriant lopin.
Mais ce sont non seulement les humains qui donnennt vie à ce grand ensemble, ce sont aussi les animaux, chiens et chats ‘communs’, de rue mais qui sont nourris, voire nommé par tous- le chat noir qui tente infatigablement de se faire adopter par nous est connu sous le nom de Tarzan, on ne sait pas ce qu’il en est des petits chatons que nous allons nourrir derrière notre bâtiment.
Pour les nourrir je leur abandonne ma viande pas très fraîche, mais Catherine puis Cristiana claquent carrément leurs per diems en Whiskas, achetés au supermarché d’à côté (‘Ecomarkeeet !’curieusement le jingle ne colle pas à mon oreille, malheureusement Emma ne peut pas en dire autant). Celui-ci n’est peut-être pas aussi bien fourni que le Silpo au centre hier pour mes repas simples du soir (après le déjeuner un peu trop consistant du midi) ça me suffit largement, nous allons donc y faire régulièrement un tour et connaissons à présent toutes les vendeuses avec qui nous bavardons.
Et puis nous rentons chargés de sacs en plastique dans notre appartement, un logis dont le confort est bien au dessus du standard MSF, rien de très luxueux (si on excepte la disco-douche dont on n’a jamais vraiment exploré toutes les fonctionnalités musicales et lumineuses), mais rénové récemment et très agréable. Je commence dans la première chambre puis émigre dans la chambre et spacieuse de Emma lorsqu’elle part, ce qui me permet de plus facilement me précipiter à la fenêtre lorsque j’entends des détonations. Au début de mon séjour nous avons le droit tous les soirs à des ‘feux d’artifice’ (la défense aérienne ukrainienne qui descend les drones rebelles, avec des fusées aux explosions multicolores), par la suite c’est beaucoup plus calme, même si un jour les détonations sont tellement proches que ma vitre vibre (et mon oreille se dresse à tout coup un peu sourd, avant de réaliser que c’est le voisin qui bouge ses meubles ou l’autre voisin qui bat ses tapis). J’entends mieux le croassement assourdissant des grenouilles sous ma fenêtre et le son hypnotisant des cloches de l’église de l’autre côté de la rivière, dont le rythme répétitif pendant un long moment est bien différent de nos guillerettes cloches catholiques. Et puis quand j’ai assez étudié mon russe/ma flûte traversière, m’attend à la cuisine un verre de vin et une discussion avec Emma ou Catherine (ou les deux mais dans ce cas l’une d’entre nous doit s’asseoir sur l’appui de la fenêtre, ça manque de chaises), puis Denilson et Cristiana, qui doivent alors abandonner le portugais brésilien pour l’anglais (mais je suis contente de les voir si proche et collaborant si étroitement pour rapprocher leurs deux unités).

check point et grands-mères

18 juillet 2015

Ici, c’était une sacrée journée, je suis allée rendre visite à notre projet au checkpoint, on a ouvert deux tentes de premier secours de chaque côté du checkpoint (donc je suis passée quelques minutes de l’autre côté) et des points d’eau. Donc j’y suis allée avec mon assistante Hanna. Quand on et arrivées,il y avait une file d’environ 200 voitures, à l’arrêt, et tout au bout 200 personnes qui faisaient la queue sous le soleil ( les gens qui sont venus en bus et qui doivent franchir la ligne de démarcation à pied), c’était très touchant. Au checkpoint les gens doivent passer, parfois ils se font refouler s’ils n’ont pas le bon pass. On est arrivées près de la première tente, Hanna s’est exclamée ‘Ouah, c’est exactement comme ça que je me représente MSF sur le terrain, la tente, tout ça !’. Dr Mohsin et Nana l’infirmière nous ont accueillies, c’était assez tranquille à ce moment-là, puis Sasha le conducteur a négocié avec le militaire pour qu’on passe de l’autre côté (c’est là qu’on voit qu’être conducteur requiert plus de compétences que juste conduire un véhicule…) Quand on est parties Hanna avait les yeux brillants en me disant ‘Ça me rend fière de travailler pour MSF !’.

Le soir je rentrais à pied avec ma collègue-colocataire, quand on est arrivées devant  notre bâtiment on a vu notre ami le chat noir assis sur le banc de la babushka.  Alors au lieu de rentrer on s’est assises pour lui gratter les oreilles et bavarder tout en profitant d’une jolie fin d’après-midi ensoleillée, mais agréablement fraîche, le lierre sur la façade et les fleurs devant, avec les enfants qui couraient en criant et les adolescentes qui marchaient en discutant. A un moment il y a un groupe de petites filles qui sont venues nous parler. Et vous venez d’où? Et pourquoi vous n’êtes pas au travail ? Et moi je sais dire ‘hello how are you’ en anglais Et comment on dit fleur en anglais, et comment on dit chat en anglais ?Et comment on dit grenade en anglais ? Et puis elles sont parties et puis c’est finalement la babushka (foulard noué et canne) et sa copine qui sont venues bavarder avec nous. 90 ans la copine quand même ; l’une Ukranienne, l’autre russe, l’une a peur de la mort, l’autre dit qu’elle est prête, l’une chantait dans un choeur qui faisait le tour des kolkhozes du coin. Et puis voilà , finalement il était temps de rentrer !

Artëmovsk

Moi qui me réjouissais de retrouver les bons vieux trains post-soviétiques pour traverser l’Ukraine, avec voisins qui reviennent de la datcha et provodnitsa revêche-mais-efficace, j’en ai été pour mes frais : le train Kiev-Kostyantinovka (il ne va évidement plus à Donetsk) est résolument passé au XXIe siècle, avec climatisation et écrans led- rien de bien pittoresque donc à raconter !

Je retrouve sur le quai de Kostyantinovka Andrey le chauffeur, qui m’embrasse avec grand enthousiasme et entreprend de me raconter sa vie dans un mélange de russe et d’allemand (il a fait son service militaire en RDA et y a encore un peu traîné). La petite route de campagne passe entre de hautes haies, on croise quelques tanks sur des camions et on passe deux check-point. Et voilà Artemovsk ! me dit Andrey alors qu’on passe le long de petites barres d’immeubles semées entre arbres et pelouses.

Artemovsk n’est certes pas une petite ville (une petite centaine de milliers d’habitants), mais pour certains de mes collègues qui sont réfugiés de Donetsk ou même de Gorlivka (une plus grande ville tout juste de l’autre côté de la ligne de front), ce n’est rien d’autre qu’un gros village, où l’on ne trouve rien et où rien n’est fait correctement. Ce qui est sûr, c’est que la nature n’est jamais vraiment loin : les rangées parfois doubles d’arbres le long des larges rues qui se croisent à angles droits, les herbes folles qui percent sous la moindre craquelure, les fleurs qu’on fait pousser sur toute surface disponible, dans une explosion de couleurs et de verdure, le lierre qui part à l’assaut des grandes tours de béton, et puis les innombrables chats et chiens de rue qui semblent vivre assez paisiblement leur vie. Et nous qui habitons à dix minutes à pied du centre-ville, nous entendons le soir un concert assourdissant de grenouilles et pouvons contempler un paysage plus champêtre qu’urbain depuis notre fenêtre.

Mais ce sont tout de même les proportions dignes d’une ville qu’on peut lui trouver : larges avenues donc (au trafic assez sporadique il faut dire), parcourues par des autobus et des trolleybus (à ma grande joie pour ces derniers:) ), barres innombrables de béton, parfois d’une dizaine d’étages (et encore littéralement brut de décoffrage), parfois moins, avec de ci de là quelques bâtiments qui semblent plus anciens (enfin, fin XIXe quoi). Pas la plus jolie architecture soviétique que j’ai vue (et parfois décrépit) mais en général assez régulier et bien tenu. Et dès qu’on sort du centre, on trouve assez vite des rangées de maisons ukrainiennes, assez charmantes avec leurs palissades, avant-toits et leurs cadres de fenêtre peints dans des belles teintes de bleu et de vert, ombragées par des arbres et bien souvent décorées par fleurs joyeusement multicolores.

Le centre quant à lui est très classique, une grande esplanade, avec des plate-bandes de roses et des conifères, et un petit bassin, les bâtiments du conseil municipal et les statues de Lénine et son camarade Artyom (qui a donc donné son nom à la ville)- qui seront d’ailleurs déboulonnées pendant mon séjour, en vertu de la loi sur l’effacement du passé soviétique. Un parc aussi, par lequel il fait bon passer et profiter de la douce température de fin d’après-midi après une séance échevelée de fitness au Stade (dont l’infrastructure est presque flambant neuve, y compris avec un parcours santé à l’extérieur avec des machines plutôt élaborées accessibles à tous).

A part le fitness, les distractions sont plutôt rares à Artemovsk, nous avons vite nos habitudes au restau-sushi, aux quelques restaurants servant pizzas approximatives, et variations plus ou moins légère autour des classiques de la cuisine ukrainienne, et même à la ‘cuisine soviétique’ où nous mangeons le midi pendant quelques jours lorsque notre cuisinière est en vacances (nourriture pas très légère mais bon marché, tables et chaises en plastique, impressionnante collection de décorations kitsch sur une étagère). Et puis Mirna Bochka, une brasserie locale où nous avons nos habitudes pour les diverses fêtes de départ et autres repas d’équipe, arrosé par leurs bières blondes plus que passables et leurs succulents shashlyks de porc, située à côté des quelques grandes usines encore en activité à la sortie de la ville, et Khutorok et la ‘shashlykerie’, et leurs petits pavillons en bois propices aux festins divers entre nous. Pas vraiment de cafés, quand on va boire une bière ensemble ça se finit dans un des restaus ci-dessus, et ça ne nous arrive pas si souvent…

Alors parfois on va se promener à l’arrière de notre bâtiment, dans les espaces un peu vagues autour de la rivière, comme ce soir où on va fêter le départ d’Emma à la shashlykerie : dans la lumière dorée crépuscule on sort de la résidence, en longeant une petite fabrique à la production indéterminée, pour déboucher sur une étendue vaguement herbée où on a déjà vu paître quelques vaches. On arrive à la voie de chemin de fer désaffectée et le pont un peu branlant aux planches disjointes qui nous permet de traverser la rivière (avec grand inconfort pour moi et mon vertige). On continue ensuite sur un chemin de terre, en longeant des roseraies et une petite usine aux installations qui rouillent paisiblement, et finalement nous voilà sur la grande rue, qui longe des petites maisons typiques. Nous avançons à pas lents car les multiples détails charmants de ces petites maisons nous obligent à sortir nos appareils photos…à la grande perplexité des passants et des habitants, mais cela ne les empêche pas à l’occasion de nous inviter à nous servir dans les branches des arbres fruitiers. Et puis alors que de l’autre côté de la route les maisons commencent à s’espacer, nous voilà arrivées à destination !

Kiev

Le début de ma mission en Ukraine avait été une succession de faux départs…’Matchée’ sur une mission d’urgence, je me préparais à sauter à deux pieds dans un un tourbillon de travail , qui me laisserait pantelante, épuisée mais satisfaite, en septembre….mais déjà à Bruxelles le mercredi, et encore plus à Kiev le vendredi, on m’annonce que ce sera probablement une mission trèèèèès tranquille, et puis que je ne vais pas partir pour Artemovsk avant mardi car lundi est férié. Bref, me voilà échouée un peu perplexe à Kiev, sans idée précise de quoi faire pendant ces trois jours…

…et c’est alors qu’entre en scène Lyubov, avec qui Bella m’avait mise en contact avant mon départ. Je l’ai peut-être ou peut-être pas déjà croisée à Bruxelles, mais ici en tous cas le courant passe très vite, et c’est parti samedi après-midi pour une expédition à travers la ville, qu’on répète d’ailleurs le lendemain.

Trois mois plus tard, et un passage éclair en fin de mission, c’est surtout une impression de gigantisme qui me reste, un peu comme à Moscou : larges avenues, certaines vides en raison des festivités du week-end, immeubles tsaristes ou soviétiques d’une dizaine d’étages écrasés par des bâtiments plus récents trois fois plus grands, des rues qui se lancent à l’assaut des pentes de la ville, des immenses centres commerciaux, des vastes places et esplanades, et puis le Dniepr tellement large, avec loin dur l’autre rive les grands ensembles résidentiels soviétiques. Avec néanmoins le charme des avenues bordées d’arbre et des pavés occasionnels !

Nos pérégrinations nous auront tout de même menées tout d’abord à Maidan, avec les photos, bougies, fleurs et autres mémoriaux en hommage aux victimes de la répression. La vie politique actuelle, un peu moins grisante, est aussi visible sous la forme de stands colorés et aux sonos assourdissantes des différents partis politiques. Et passer devant le parlement et tous les autres bâtiments gouvernementaux est l’occasion pour Lyubov de me parler de son expérience au parlement, ainsi qu’une certaine désillusion sur le tempo des réformes post-Maidan. Croiser la foule bigarrée des supporters du Dynamo Kiev, venus soutenir leur équipe contre le Shakhtar (= mineur) de Donetsk, nous change les idées, puis on passe par l’escarpée Andrivsky Uzviv (= montée), ses pavés et ses échoppes et étals animés, avec au milieu de la montée la musée-maison de Boulgakov, qui nous met dans une ambiance plus romanesque.

Il y aura aussi une pause-kvass sur la promenade le long du Dniepr, près de l’ancienne gare fluviale ; les bâtiments fin XIX de Podil, ancien quartier artiste étudiant, riche en bars et restaurants (y compris des restaurants ouzbeks, à mon grand ravissement ; auparavant j’avais aussi vu dans le centre des restaurants tatars). Et puis des parcs avec leurs joueurs d’échec, leurs concerts d’air guitar, ou leurs sculptures multicolores qui faisaient la joie des enfants ; le colossal mémorial de la Grande Guerre Patriotique (qu’on appelle Seconde Guerre Mondiale par chez nous), avec des massifs bas reliefs, et une statue géante d’une héroïque Mère Ukraine (petit détail ennuyeux : un marteau et une faucille gravés sur son bouclier, que selon les lois récentes sur l’éradication du passé communiste- je résume- il faudrait effacer…mais comment faire?) ; plusieurs groupes de soldats en permission, qui selon Lyubov sont passés du statut de types louches et vaguement corrompus à héros de la patrie. On passe aussi près du Lavra (le grand monastère orthodoxe) mais on saute la visite des paraît-il impressionnantes catacombes ; on passe aussi la visite de l’Arsenal, transformé en musée et espace d’art contemporain- mais l’exposition actuelle n’a pas l’air passionnante. Et puis surtout on marche, on marche, on marche (tant et si bien que le premier jour mes pieds sont en sang dans mes nouvelles ballerines) tout en parlant de tout et de rien, de nos nouvelles expériences professionnelles (elle commence aussi un nouveau contrat avec une agence des Nations, Unies), de la difficulté de vivre quand on est jeune dans une ville aussi chère que Kiev (quasi impossible pour les jeunes d’accéder à la propriété) et de nombre d’aautres sujets.

On a donc bien mérité nos agapes vespérales, le premier soir dans un endroit assez fantasque dans une cave, à la décoration hétéroclite et aux plats nommés originalement, et le deuxième soir dans un restaurant géorgien- cuisine qui semble avoir bien la cote ici, et d’une manière générale je note un courant géorgeophile chez les Ukrainiens, en partie en raison des démêlés que les deux pays ont eu avec le grand voisin : des publicités pour des vacances en Géorgie voire l’achat de résidences secondaires, les conseillers géorgiens venus donner un coup de main après Maidan (mais ils n’ont pas fait long feu me dit Lyubov, le gouvernement ukrainien ne semblait pas assez pressé de mettre en oeuvre les réformes à leur goût….) et puis l’annonce du week-end, la nomination de Saakashvili comme gouverneur d’Odessa.

Mais j’aurai aussi fait des infidélités à Lyubov- en poursuivant mes briefings du vendredi (où tout le monde était trop occupé pour trouver du temps pour me parler) le lundi avec Katya (responsable administration ressources humaines, que j’avais déjà rencontrée l’année dernière lors de ma mission éclair) et le samedi avec Angelika (coordinatrice finances) – ce briefing se termine par un déjeuner auquel se joint une demoiselle du service finances, dont j’ai oublié le nom….ce dont je devrais avoir honte, car elle m’a invitée à la joindre à un concert d’un groupe ukrainien le soir même. Pas plus de précisions, mais ma foi j’aime l’aventure et je me retrouve avec elle au terminus d’une des lignes de métro, dans un grand ensemble soviétique assez paisible dont l’ambiance me rappelle furieusement Bishkek. Après avoir tâtonné, s’être perdues, demandé dix fois notre chemin et traversé une voie rapide, nous arrivons chez Docker, un ‘pab’ (en russe dans le texte) tout en bois pour aller écouter Mandry, un groupe ma foi plutôt sympathique. Les morceaux enjoués alternent avec un moment émotion où ils évoquent le conflit actuel ; le public d’âges variés danse avec enthousiasme, je note que plus d’une personne porte une blouse brodée ukrainienne. Après un entracte, c’est Roman et Kristina, couple à la ville comme sur scène me dit-on, qui montent sur scène avec leurs potes pour un set de reprises….rien de fracassant mais leur enthousiasme fait plaisir à voir.

Et puis je finis le week-end en me promenant, à la recherche de coton et de crème solaire je rentre dans plusieurs centres commerciaux mais aucun ne vend des articles aussi triviaux (et je ne trouve pas ce que je cherche dans les rares supérettes ouvertes en ce jour férié), ça se finit dans un petit marché en dehors des sentiers battus et des avenues bien entretenues, où je trouve ce qu’il me faut sur l’un des étals….voici qui me rappelle aussi des voyages antérieurs:)

mobile clinics

Last Tuesday was the day when the piles of paper piled on my desk turned into a hugging babushka…

The metamorphosis started in the toilets in the morning, when I put on my MSF T shirt (still wrapped in plastic :p). Then, for once, I joined the buzz outside around the cars and finally got on the minivan front seat, while no less than two psychologists, one doctor, one nurse, one translator and two supervisors took place, in a school trip atmosphere. The road quickly gets out of Artemovsk and go through rolling hills and sunflower fields, lined by lovely Ukrainian rural houses with painted gables and windowframes, surrounded by colourful flowers and gas pipes. We follow another MSF car navigating among potholes and other road hazards (impact of too many tanks circulating here…) while Emma points the roads leading to front line clinics. But we’re heading to a quieter location, and the only incident of the trip is a vindicative popoe at a checkpoint who accuses us of the greatest egoism for not giving him a ride. We convince Alexey the driver to ignore him and after having crossed a couple of derelict towns and a few villages, we finally the railway track and the dirt road that leads us to a small building, a forner school turned into a Feldcher point (a basic rural health point ; a Feldcher is a grade between nurse and doctor).

We go through a dark full waiting room, where mostly middle aged and elderly women wait for us. The local nurses then welcome us in the large consultation room ; there are traces of leak on the ceiling and the wallpaper is coming off, but on a sunny summer day it’s not too depressing. Dr Dima and nurse Yuliya bustle about taking needed materials and drugs out of the boxes, supervisors Emma and Denilson disappear in a side room to continue their handover and planning, the first patient is introduced, Olga the translator and me retreat in the shade of the waiting room. I don’ t know how to start a conversation with anybody and Olga is uncomfortable with the curious gaze of the patients, so we finally decide to go out and sit on the grass, to chat and look at each others’ pictures, while the psychologists improvise counselling sessions with waiting patients under a tree or in the shade next to a wall. Alexey gives us abricots, a middle-aged lady comes and asks us if we came with the van- upon our positive answer she gives us a bag of apples and pears ; an older woman, with fine features and a scarf knotted behind her head comes and asks me if I’m Polish, as she herself has many relatives over there.

The sun is scorching and the weather is hot, hotter than usual, and the tomatoes and corn harvest is quite a disaster this year. After a few sandwiches offered by the nurses in the consultation room, we go back outside. Alexey spreads a carpet on the grass, and we lay down, Olga, me, Nastia the psychologist exhausted after a dozen sessions, and soon her new friend, Valla, a little blonde girl with a fringe and a thick braid. She laughs and climbs on Nastia, but turns quickly her face when they ask her to ask me how am I in English. Nevermind, we enjoy the quiet afternoon, troubled only by the occasional freight train, semichkis (grilled sunflower seeds) are passed around and we lazily break open shell after shell; Olga and me alternate to play French music on our phones 5she goes for the classics, Mireille Matthieu and Joe Dassin, I favour more Dominique A and Claude Nougaro). Vala gets bolder, tells us that she doesn’t want to go to school but wants to marry (oh giiiirl…🙂 ) , demonstrates her gymnastic talents. Her older sister, Veronika, a skinny tanned blonde pre-teen who is in the 6th form in a Lysichank school (the nearest town) finally joins us as well, tells us about their capers on the grass whrn they wait for their mother- a conversation on patronyms reveals that they are actually half-sisters, and me as usual I’m Sylvie Gerarovna 🙂

And then Valla forgets about all shyness and jumps on me as well, I tilt over to make her fly over with shrieks of delight- ‘ Stop bothering adults!’ snaps Dyadya Sasha; a guy in his sixties who had been around since morning but kept his distance with slight distrust. ‘Oh, it’s holidays, let her be!’ ‘No, a child must not bother grown-ups!’ Suddenly all others have left, and I start a conversation with him- ‘You come from France…Joe Dassin, Gerard Dipardiou….but what do you know about Ukraine?’ Hum, I could mention Shadows of forgotten ancestors, DakhaBrakha and 5’nizza, but I doubt he could relate to that- so I prefer to confess my ignorance and turn to a topic that always raises my curiosity but on which I have found little satisfactory answers so far, identity and culture traits of Donbass population (besides the greater closeness with Russia). Well, that gets him started, and with fiery eyes he tells me that Donbass people were those who never joined the SS…he can’t say more but I should just read and make up my mind. Hum, we touch the tricky topic of politics that I was always told to avoid…but he very quicly moves on to inviting me to the cafe on the other side of the tracks for a beer. On normal circumstances I might have accepted this bizarre invitation, but with a looming headache and being still in office hours after all I prefer to decline. He turns to Viktoria and Nastia the psychologists to ask them to release me, behind his back I make frantic silent ‘NO! NO!’ signs so they mercifully explain him from a distance that I’m a foreigner, that I can’ t even step out of the car without authorization….
At this time Emma and Olga, followed by Denilson, go out to ‘check security’, that is, in their secret code, to have a cigarette. Dyadya Sasha now wants us to go and have ice-cream with us, so he can proudly walk around in the village with his foreign friends, but we decline again the invitation- Olga ends up convincing him to take us to his garden, he grudgingly accepts this second best option. And off we go, crossing the railway tracks and going through the railway station to finally reach his compound. After crossing a courtyard with chicken running around we reach his huge garden, mercilessly dried by the sun….we go up to his fruit trees, he fills up my bag with apples and pears but we diplomatically explain him that it’ s time for us to go. Crossing the compound again; he pleads us to go in to meet his mother who wouldn’ t believe otherwise that foreigners came to visit him- we reach a compromise when he goes inside and gets her to greet us on the stairs. We heartily hug her and I wish we could have stayed around a bit more….but it’s indeed time to go, so, we all hop back on the van to Artemovsk!